C’est le 5 mars 1992 que le monde décide d’accueillir Fabrizio Vacirca à Reconvilier, là où il grandira et fera toute sa scolarité. Enfant calme, plutôt introverti, il n’est pas vraiment du genre à courir après un ballon. Il a bien tenté l’aventure footballistique, mais sans grand succès. Pas la bonne ambiance, merci, au revoir. Non, lui, il préfère rentrer à la maison pour plonger dans un livre ou une bonne BD, ou attraper une manette et jouer à la Nintendo avec son frère. Et si l’envie de jouer de la flûte s’est un jour manifestée, le cours était hélas complet. Quant au piano, c’est une envie qui attend encore son heure.
Rien, en somme, ne laissait présager que cet enfant discret deviendrait un jour comédien. Et pourtant.

À l’école secondaire, pour fêter le centenaire de l’établissement, un cours de théâtre est proposé, animé par Gérard William. Fabrizio, qui pensait que « les gens qui faisaient du théâtre étaient tarés », décide quand même d’essayer. Et là, c’est une révélation. Pas du genre spectaculaire, mais la petite graine est plantée. Entendre le public rire, entendre les applaudissements de gens qu’il ne connaît même pas, il n’avait vraiment pas prévu que ça lui plairait autant.
Il entame ensuite un apprentissage d’employé de commerce. C’est là qu’il rencontre quelqu’un qui fait partie d’une troupe de théâtre, le Parpaillot. Il participera à trois spectacles, et ce passage lui fait du bien. Il commence à sentir qu’il peut se révéler, sur scène, là où dans la vie quotidienne il reste en retrait. La question finit alors par s’imposer d’elle-même : « Qu’est-ce que ça donnerait, le théâtre de manière professionnelle ? »
Il se rend au Théâtre Populaire Romand (TPR), à La Chaux-de-Fonds, pour y suivre une formation préparatoire, par curiosité. C’est comme entrer dans un nouveau monde. C’est d’ailleurs durant cette formation qu’une comédienne professionnelle, Émilie Charriot, lui dit qu’il a le potentiel pour entrer à La Manufacture, haute école de théâtre de Suisse romande. Il passe les auditions, est sélectionné pour le deuxième tour à sa grande surprise, mais n’ira pas plus loin. Qu’à cela ne tienne : il sera finalement accueilli à l’école Serge Martin, qui lui fournira les outils pour être comédien. Un vrai saut dans l’inconnu, qu’il ne regrette pas une seconde.
Ces années de formation ne sont pas de tout repos. Les cours se déroulent à Genève, le travail alimentaire, lui, se trouve à Fribourg, dans les sondages téléphoniques, et le soir il rentre à Bévilard, chez ses parents. Ce boulot lui permettra de tenir financièrement, même s’il l’épuise. « Ça m’a sauvé la vie, mais ça m’a fait du mal aussi », reconnaît-il. Un peu ambivalent, comme il dit.

Il y a eu ensuite un moment de remise en question. Une période difficile. Plutôt que de s’acharner, Fabrizio choisit de prendre soin de lui. Il suit une formation Croix-Rouge pour devenir auxiliaire de santé et travaille depuis maintenant trois ans, à temps partiel, au Service d’aide et soins à domicile. Une façon de se recentrer avant de repartir sur de bonnes bases. Et au passage, il côtoie au quotidien des personnes aux histoires de vie fascinantes, des personnages hauts en couleur…dont on n’a pas fini d’entendre parler, qui sait ?
Aujourd’hui, Fabrizio avance à son rythme, sans prêter attention aux remarques désobligeantes et décourageantes, et surtout sans se comparer aux autres. Son CV artistique est peut-être peu fourni pour l’instant, mais tout reste à faire, et il le sait. Un de ses rêves ? Toucher un jour à un grand classique : un personnage de Molière, ou mieux encore, Richard III ou Iago dans Othello (deux comploteurs machiavéliques). Ce qui est, avouons-le, assez surprenant pour quelqu’un d’aussi calme.

Concernant KinêmaGraphien, Fabrizio n’a pas rejoint l’association en cours de route : il en est l’un des membres fondateurs. C’est lors d’une pause de midi, au tout début de son apprentissage d’employé de commerce, qu’il rencontre Pascal Lécureux, qui lui parle de projets de films. Il intègre l’association dès ses débuts et continue à participer à ses projets au fil des années. En 2013, il rejoint le comité, avant de s’en retirer quelque années plus tard pour se consacrer à d’autres priorités. En 2025, il y fait son retour, cette fois en tant que directeur artistique. Comme quoi, certains liens ne se défont pas vraiment.
Entre-temps, il est revenu tourner dans tous les projets qui l’ont intéressé, aussi souvent que possible, avec la même curiosité et la même envie de passer un bon moment en bonne compagnie. Mais c’est avec Parlez-moi de Vous que tout prend une autre dimension. Première fois qu’il touche à l’écriture et à la réalisation, première fois qu’il participe à la gestion d’un tournage et d’une équipe. Et surtout, la rencontre avec Denis Grüring, une collaboration magique qui a façonné toute l’identité de la série. Des rencontres extraordinaires, des collaborations incroyables, l’idée d’échanger, de partager, de proposer des rôles, petits ou grands, à des amis. Même si son premier amour reste la scène (là où il y a un public, le frisson du direct et les applaudissements), avec KinêmaGraphien il découvre un autre plaisir : celui de travailler davantage dans l’ombre, plutôt que sous les projecteurs. Et visiblement, ça lui convient aussi très bien.
Pour résumer, le théâtre et KinêmaGraphien sont deux éléments fondamentaux dans la vie de Fabrizio. Et si vous lui demandez comment il décrirait l’association à quelqu’un qui ne la connaît pas, il répond : « T’as envie de savoir comment écrire une petite fiction ? Envie de voir comment on tourne un film ? Envie de tester quelque chose en particulier ? Viens nous voir. » Difficile de mieux résumer l’esprit de KinêmaGraphien que ça.
Affaire à suivre, donc…