Tout le monde ignore que ces 5 chants de Noël sont de la musique de film

Noël. Vous pensez immédiatement aux guirlandes, aux marchés artisanaux, aux pulls tricotés à la hâte par mamie et, bien sûr, à ces chansons inlassables qui peuplent nos playlists dès que décembre pointe le bout de son nez. Mais saviez‑vous que certains de ces airs, que vous fredonnez avec conviction (ou désespoir), sont nés… au cinéma ? Eh oui : avant de devenir la bande‑son de nos fêtes de fin d’année, ces mélodies accompagnaient des intrigues sur grand ou petit écran. Suivez‑moi dans ce voyage où Bob Hope, Bing Crosby et un bonhomme de neige vous révèlent leurs secrets musicaux, et où vous découvrirez pourquoi votre tube préféré cache parfois un film que tout le monde a oublié.

White Christmas

Le tube de Bing Crosby… chanté dans trois films

Si vous fredonnez « White Christmas » en pensant à Bing Crosby, vous êtes en bonne compagnie : sa version est la plus emblématique. Ce que l’on sait moins, c’est que Crosby l’a chantée dans trois films distincts qui n’avaient aucun lien entre eux. Après l’avoir créée dans Holiday Inn (1942), il l’a insérée dans un medley patriotique de Blue Skies (1946) et il l’a de nouveau interprétée pour le film White Christmas (1954). Ce troisième et dernier numéro au cinéma est d’ailleurs explicitement présenté comme sa « troisième performance filmée » de la chanson.

Irving Berlin avait écrit ce morceau spécialement pour Holiday Inn, et Crosby l’enregistra ensuite pour Decca Records. La mélodie nostalgique devint le single le plus vendu et l’une des chansons les plus reprises de l’histoire. La notoriété de la version de Crosby incita même Paramount à construire un film entier autour de ce succès en 1954. On retiendra les reprises soul d’Otis Redding, swing des Drifters ou pop-baroque de Lady Gaga.

Pourquoi le morceau a-t-il éclipsé les films ? L’intrigue de Holiday Inn (une auberge n’ouvrant ses portes que lors des fêtes) est charmante mais datée. Blue Skies est une comédie musicale élégante mais peu mémorable, et White Christmasrepose avant tout sur une atmosphère bon enfant. La chanson, elle, parle à tous les exilés en mal de « Noël à l’ancienne ». Son message universel a résisté au temps, tandis que les trois films servent surtout de prétextes à l’entendre encore et encore.

Have Yourself a Merry Little Christmas

Sinatra au sommet, Judy Garland à l’origine

Pour beaucoup, « Have Yourself a Merry Little Christmas » est indissociable de Frank Sinatra, qui en a fait un standard de crooner dans les années 1950. Mais avant que The Voice n’en adoucisse les paroles, ce morceau avait été composé par Hugh Martin et Ralph Blane pour Judy Garland dans Meet Me in St. Louis (1944). Garland jugeait les paroles originales trop sombres et exigea des modifications ; Frank Sinatra en demandera à son tour pour son album de 1957.

Le résultat, mélancolique juste comme il faut, devient un incontournable repris par des artistes aussi divers que Whitney Houston, Michael Bublé, Sam Smith ou Tori Amos. Le film, lui, reste surtout un objet d’étude pour cinéphiles et fans de comédies musicales. On se souvient de la performance de Garland, pas forcément de l’intrigue familiale de St Louis : la chanson a quitté sa rame de tramway pour voyager seule.

Pourquoi cette chanson a-t-elle éclipsé son film ? L’authenticité de l’émotion et la simplicité de la mélodie traversent les décennies. Le film est charmant mais ancré dans son époque ; la chanson, elle, s’adapte à toutes les voix et tous les styles, garantissant sa survie bien au-delà du technicolor.

Silver Bells

La ballade de Bing Crosby & Carol Richards… née chez Bob Hope

Lorsqu’on parle de « Silver Bells », beaucoup pensent à l’enregistrement velouté de Bing Crosby et Carol Richards, diffusé chaque hiver. Pourtant, l’histoire commence dans une comédie méconnue de Bob Hope, The Lemon Drop Kid (1951). Jay Livingston et Ray Evans écrivent la chanson, d’abord baptisée « Tinkle Bells », pour que Hope et Marilyn Maxwell la chantent à l’écran. La reprise de Crosby et Richards rencontrera un tel succès que la scène du film sera retournée pour mettre la chanson davantage en valeur.

Avec son ambiance de rue commerçante enneigée, « Silver Bells » s’impose comme l’un des standards les plus joués de l’ASCAP. Tony Bennett, Dolly Parton, Destiny’s Child ou Michael Bublé en offrent des versions mémorables. Quant au film de Bob Hope, il souffre de son statut de comédie légère parmi d’autres : la mélodie scintillante s’est envolée tandis que l’arnaque ourdie par le Kid a sombré dans l’oubli.

Pourquoi la chanson a-t-elle éclipsé le film ? Son thème de Noël urbain et ses harmonies facilement mémorisables se prêtent à toutes les reprises et tous les arrangements. Le film, lui, reste daté ; la chanson vit désormais sa propre vie dans les rues illuminées et les centres commerciaux.

A Holly Jolly Christmas

De Burl Ives à Michael Bublé, un chemin télévisuel

La version la plus célèbre de « A Holly Jolly Christmas » reste celle de Burl Ives, voix chaude et bienveillante du narrateur du téléfilm d’animation Rudolph the Red-Nosed Reindeer. C’est pour ce spécial télévisé de 1964 que le compositeur Johnny Marks écrivit la chanson. Elle fut ensuite popularisée par les enregistrements de Michael Bublé, Alan Jackson, Idina Menzel, Lady A et même Meghan Trainor, preuve de sa modernité.

Pourquoi la chanson a-t-elle survécu à l’animation en stop‑motion ? Le bonhomme de neige qui la chantait à l’origine a disparu de nos mémoires, mais le refrain gai et contagieux s’est incrusté dans les playlists des supermarchés et les compilations de Noël. Même si le spécial Rankin/Bass conserve une place nostalgique, la chanson s’écoute indépendamment de son support, recyclant l’esprit bon enfant des fêtes.

Cette indépendance s’explique par la structure simple et entraînante du morceau, qui traverse les genres : country, pop, jazz ou crooning. Le film est un souvenir télévisuel ; la chanson, une publicité joyeuse pour Noël.

Christmas Time Is Here

Le jazz intemporel de Guaraldi avant les covers modernes

Beaucoup associent « Christmas Time Is Here » au son nostalgique du Vince Guaraldi Trio, qui l’a popularisée en 1965 avec le spécial animé A Charlie Brown Christmas. L’histoire moins connue veut que le producteur Lee Mendelson, n’ayant trouvé aucun parolier, griffonne lui‑même le texte sur une enveloppe pour compléter la mélodie. Chantée par un chœur d’enfants et accompagnée d’une version instrumentale qui est un bijou de jazz, cette chanson diffuse une atmosphère douce et mélancolique devenue synonyme du Noël américain.

Après cette première version, d’autres interprètes (Mel Tormé, Rosemary Clooney, R.E.M., Stone Temple Pilots, Diana Krall, Tony Bennett ou encore Pentatonix) se sont approprié le morceau. On trouve désormais « Christmas Time Is Here » dans des albums de jazz et de musique lounge, loin du petit sapin mal décoré de Charlie Brown.

Pourquoi la chanson a-t-elle dépassé le dessin animé ? Sa douce mélancolie et ses harmonies jazz offrent une pause contemplative dans le tumulte des fêtes. L’émission télévisée est culte, mais la chanson est devenue un standard à part entière, adoptée par la scène jazz et revisitée à l’infini par des artistes contemporains.

Pour conclure en beauté

Rappelons-nous que sous les paillettes des tubes de Noël se cachent parfois des bobines poussiéreuses et des répliques oubliées. Qui aurait cru que nos refrains préférés avaient été mis en scène avant de squatter les playlists de fin d’année ? La prochaine fois que votre oncle entonnera son chant favori, glissez-lui, l’air de rien, que c’est du cinéma pur jus. Après tout, les cadeaux les plus surprenants ne se trouvent pas toujours au pied du sapin… parfois, ils viennent directement du grand écran !

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